Le 6 mai 2007

                            LETTRE OUVERTE

 

                           Madame Elisabeth BORREL
                           Juge au Tribunal d'Instance de Saint-Gaudens
                           31800 SAINT-GAUDENS

 

L’avant-veille de sa mort, alors que nous étions allongés côte à côte, et que ni lui ni moi ne trouvions le sommeil; Bernard s’est mis à parler, comme perdu dans ses pensées :
- Je ne m’occupe pas assez de toi ... Au lieu de me préoccuper de ma collection de médailles, je ferais mieux de penser plus à toi ... Il ne faut pas que tu me quittes, il faut que jamais en ne se sépare ... Et puis je ne sais pas si j’ai bien fait de faire ce que j’ai fait ..
- De quoi me parles-tu, qu’as-tu fait que tu n’aurais pas dû faire ?
- Je ne peux rien te dire de plus.
(page 62 du livre Le juge assassiné)

 

Madame,

L’assassinat de votre mari n’est que le tragique épilogue de la combine cafouilleuse d’un quarteron de magistrats l’ayant entraîné à dissimuler un abominable détournement de fonds publics, votre mari croyant alors rendre service au pouvoir exécutif et ainsi lui plaire.

Abandonné par ce quarteron de magistrats en septembre 1995 et ayant commencé à dévoiler que les paris politiques se servaient dans la trésorerie de la CAFAL, le pouvoir politique n'eut plus que la solution de le faire disparaître.

C’était déjà ma conviction depuis le milieu de l’année 2000. La lecture de votre livre Le juge assassiné me l’a confirmée.

J’étais déçu et le suis toujours que vous n’ayez pas tenté de mettre la pression sur les candidats à l’élection présidentielle en les contraignant à donner leur avis sur l’assassinat de votre mari, et aussi, sur les réformes qu’ils comptaient proposer pour instaurer un vrai pouvoir judiciaire élu au suffrage universel ...

Je fus aussi déçu de constater une absence totale de réaction de votre part (mais pas étonné de l’absence de réaction de vos avocats) à la suite de l’article paru dans Le Monde daté du vendredi 8 décembre 2006 et intitulé Les trois morts du juge BORREL.

Je cite : C’est dit sans fioritures par un conseiller du Château : " Nous sommes persuadés qu’il s’agit d’un suicide. Quand je dis nous, je veux dire l’exécutif ".

J’ai eu une pensée pour votre camarade de promotion oeuvrant à l’Elysée, un certain Olivier ECHAPPE qui vous a déclaré d’une manière sadique, mais parfaitement conforme à ses pensées : Vous ne devriez pas chercher à savoir, car vous risqueriez d’être déçue de votre mari (page 86 de votre livre). J’y reviendrai ultérieurement.

Devant votre apparente inertie, j’ai pris l’initiative de donner un grand coup de pied dans la fourmilière selon l’expression d’un procureur ayant exercé à Valenciennes, en procédant à deux opérations :
1 - l’envoi d’une lettre personnelle, le 9 avril 2007, à un des quatre magistrats du quarteron qui avait demandé à votre mari, au début de l’année 1992, de dissimuler le détournement de fonds publics perpétré par la CAFAL en volant et piratant mes logiciels pour commettre ce délit,

2 - une double publicité de la conversation sur l’oreiller avec votre mari l’avant-veille de son assassinat relatée à la page 62 de votre livre en relation avec l’accusé de réception signé par le parquet général de REIMS, le 16/10/95, soit aussi l’avant-veille de la fin tragique de votre mari.

Double publicité :

- la première sous forme d’une note adressée le 26/03/2007 à plusieurs magistrats du tribunal de grande instance et de la cour d’appel de ROUEN en citant les pages 62 et 191 de votre livre, au cours du procès qui m’oppose à la banque CIN en tant que partie civile,
- la seconde sous forme d’une communication de cette note à deux journalistes notoirement connus.

Il ne restait plus qu’à attendre les résultats. Ils ont dépassé mes espérances tant par la rapidité de la réaction de la presse et des magistrats que par la publicité qui a entouré la susdite réaction en période électorale.

Ce fut d’abord les deux perquisitions aux ministères de la Justice et des Affaires Etrangères ... pour la gesticulation !

Et surtout et ensuite, la tentative avortée de perquisition au Château non pour mettre la main sur les notes échangées entre LADSOUS, LE MESLE et autres fonctionnaires ... mais pour retrouver des documents datant de 1995, avec le succès que l’on sait. Mais les oreilles de CHIRAC, VILLEPIN, JUPPE et TOUBON, plus celles de quelques autres, ont senti le vent du boulet !

Explication :

Les détails que je relate dans ma lettre du 9 avril 2007 à un des magistrats qui a circonvenu votre mari et le président de la banque CIN sont très précis et ne peuvent prêter à contestation. Ils prouvent que ce magistrat était en position hiérarchique dominante de telle sorte qu’il pouvait pousser et entraîner votre mari à commettre, au nom d’une raison d’Etat, une série de délits.

La raison d’Etat : éviter que soit révélé au grand public que les partis politiques détournaient l’argent qui devait revenir aux assurés sociaux. C’était du CROZEMARIE dépassé par MITTERAND et CHIRAC. Faut le faire !

J’ai composé cette lettre du 9 avril sur un disque dur ne contenant pas le protocole de liaison avec le réseau Internet - impossibilité de pirater le contenu de ce disque dur - et j’ai envoyé cette lettre au domicile du magistrat évitant ainsi une possible indiscrétion du greffe de sa juridiction. Lui et moi sommes donc les seuls à connaître le contenu de cette lettre.

A la lecture de cette lettre, il réalise que son intervention auprès de Bernard BORREL, en 1992, et toutes les irrégularités (un euphémisme !) qui se sont succédées dans ce dossier mènent directement à l’assassinat de l’ancien procureur de Lisieux. Imparable !

Il avertit au moins deux des autres magistrats (encore en exercice et que j’ai aussi identifiés) qui ont été ses complices et ont imaginé avec lui le stratagème de me contraindre à déposer le bilan de la société FOROLOG, première étape indispensable pour dissimuler le détournement des fonds publics de la CAFAL au profit des partis politiques commis à la fin des années 80 et au début des années 90.

Ces éminents magistrats ont contraint votre mari, en 1992, à sauver les hommes et les partis politiques de l’opprobre qu’aurait été la révélation de cet abominable détournement ...

 

Mais il ne faut pas tout de même pas que l’affaire entamée en 1992 leur revienne dessus comme un boomerang et qu’elle leur explose à la figure en 2007.

Vous ne connaissez pas toutes les péripéties de mars 1992 à octobre 1995. Les magistrats du fameux quarteron - et bien d’autres aussi - les connaissent et savent que je les ai vécues et reconstituées.

Jusqu’où sont-ils prêts à se sacrifier, en 2007, pour les partis et les hommes politiques comme ils ont demandé à votre mari de le faire en 1992 ?

Ils savent que des instructions, concernant le sort de votre mari, sont parties, en septembre et en octobre 1995, du ministère des Affaires Etrangères, certes, mais principalement de l’Elysée occupé à cette date par le duo CHIRAC-VILLEPIN.

Pour tirer les collègues magistrats du pétrin (ceux qui ont suborné votre mari), il faut d’urgence organiser des perquisitions :


- deux pour l’esbroufe, à la Chancellerie et au Quai d’Orsay, pour trouver des documents du duo rocambolesque LADSOUS-LE MESLE : on connaît déjà tout et il n’y a rien à découvrir ... Mais qui sait ? Aux Affaires Etrangères ? en 1995 ? Ce sera en fin de semaine, jeudi et vendredi 26 et 27 avril.

Le Canard Enchaîné du mercredi 25 avril a donné un coup de main ambigu aux deux juges PONS et GANASCIA en évoquant à nouveau et sans raison apparente les exploits du duo LADSOUS-LE MESLE. Il n’est pas évident que cet article de circonstance cherchait à vous rendre service ... Mais plus probablement à préparer l’opinion publique à ces deux perquisitions.

- et une par surprise (?), méchante celle-là ! Le mercredi matin, en plein conseil des ministres et, paraît-il, sans prévenir qui que ce soit (?).

Le refus d’accueillir les deux juges sous le fallacieux prétexte que l’Elysée est un territoire militaire est un aveu en soi, par Jacques CHIRAC, de son rôle et de sa responsabilité dans l’assassinat de votre mari. Et vous pouvez compter sur le nouveau locataire de l’Elysée pour karchériser les locaux de la cellule africaine. A moins qu’il ait réellement une dent contre CHIRAC et VILLEPIN.

 

Après ce détour par l’actualité, venons-en à votre livre Le juge assassiné que j’ai relu trois fois en totalité, tout en l’annotant. Certains chapitres ont peut-être été relus dix fois ou plus.

Votre livre contient tous les éléments nécessaires pour démasquer et confondre les commanditaires de l’assassinat de votre mari. Quant à mettre la main sur les hommes de main, pas nécessairement djiboutiens, cela viendra en son temps. Et vous donnez l’impression de vous y employer ...

Commençons par l ’état dépressif manifesté par votre mari, état qui serait la cause de son suicide.

Vous signalez à la page 62 de votre livre qu’il vous fait part de son anxiété, au cours d’une conversation nocturne l’avant-veille de sa mort : Je ne sais pas si j’ai bien fait de faire ce que j’ai fait .... Je ne peux rien te dire de plus.

A la page 70, Mme BOSREDON, en déclarant que votre mari est en plein désarroi ne fait que reproduire votre intime conviction telle que décrite dans votre expose de la situation que vous viviez en octobre 1995.

A la page 86, Roger LE LOIRE, en qui vous avez confiance, se demande s’il est opportun que vous vous constituiez partie civile dans l’assassinat de votre mari et rapporte le conseil de l’ambassadeur de France à Djibouti : Vous ne devriez pas chercher à savoir, car vous risqueriez d’être déçue de votre mari.

Ainsi, plusieurs magistrats vous fuient plus ou moins ouvertement laissant entendre par là que la réputation de votre mari n’est pas celle que vous croyez.

Bien entendu, cela vous est insupportable qu’une telle rumeur circule et que des magistrats lui accordent quelque crédit. Mais d’autre part, cela permet au lecteur de s’apitoyer un peu plus sur votre sort et celui de votre mari après la découverte que sa mort est un assassinat.

Je pense cependant que vous commettez une petite erreur de raisonnement ... ou d’appréciation ...

Toutes ces personnes, qui sont désobligeantes à l’égard de votre mari et vous le disent avec cynisme et sans ménagement, ont des informations sur le comportement de votre mari dans une affaire sur laquelle il ne peut pas vous en dire plus.

L’admiration bien normale que vous éprouvez pour l’homme que vous aimez est en partie fondée sur ses qualités professionnelles sanctionnées par une place de major de promotion à l’E.N.M..

Raisonnablement, votre mari ne peut pas vous avouer qu’il a commis une grave faute professionnelle et que des collègues magistrats en ont été informés. Sa réputation est entachée et il ne souhaite pas vous en faire part avant d’avoir réglé ce problème qui a envahi toutes ses pensées depuis le début du mois d’octobre.

Son anxiété est en relation directe avec l’intervention de Bernard PERRET en septembre 1995 et avec les preuves que celui-ci a fourni à votre mari sur son implication et sa culpabilité dans la destruction d’une société conçue pour venir en aide à une femme atteinte de sclérose en plaques et à sa fille.

Et cette rumeur court en France sans que Bernard BORREL puisse joindre un des magistrats du quarteron. Ceux-ci ne veulent même pas le prendre au téléphone ! Deux d’entre eux sont alors, en octobre 1995, des magistrats importants de la Chancellerie.

Votre mari va alors perdre les pédales. Il va dérailler et faire des révélations sur les raisons pour lesquelles il a adhéré au projet de destruction de la susdite société. Il croyait rétablir ainsi son honneur. Mais cela lui sera fatal.

Dans une très prochaine lettre, je mentionnerai d’autres passages de votre livre qui vous feront comprendre l’erreur de communication qu’il a commise.

 

Retenons pour cette lettre ouverte que l’avant-veille de sa mort, quand vous avez eu cette conversation sur l’oreiller, était le 16 octobre. Et le 16 octobre était aussi le jour où le parquet général de REIMS accusait réception d’une lettre sous forme recommandée que j’adressais à M. Bernard PERRET, avocat général de son état.

Cette concordance de date n’est pas un hasard. Votre mari était d’autant plus anxieux qu’il venait d’avoir, dans la journée du 16 octobre, une nouvelle conversation téléphonique avec cet avocat général envers lequel il avait été méprisant en mars-avril 1992.

Je n’ai pas inventé cette coïncidence non fortuite de la date du 16 octobre 1995 pour deux actions qui ont des relations évidentes entre elles. Cela n’a pas échappé à vos deux collègues Fabienne PONS et Michèle GANASCIA.

Elles se sont émues, hélas très tardivement, d’un possible dépérissement de preuves. Il est grand temps de s’en soucier 12 ans après les faits !

Quant à vous, si je puis me permettre de vous donner un petit conseil : changer quelquefois votre optique, s’il vous plaît.

Au lieu de prendre, dans un réflexe de magistrate, l’opinion de quelques collègues (ECHAPPE et LE LOIRE entre autres) comme un outrage intolérable envers votre mari, considérez-la plutôt comme une des données du problème à résoudre.

 

Je joins à cette lettre ouverte :
- une copie de la note du 26 mars 2007 qui a probablement mis le feu aux poudres, quand son contenu a été connu des deux juges d’instruction parisiennes,
- une copie de l’accusé de réception signé le 16 octobre 1995 par le parquet général de Reims.

La présente lettre sera communiquée sous forme d’une remise spéciale aux magistrats destinataires de ma note du 26/03/2007, par le secrétariat du procureur de la République de Rouen.

Soyez persuadée que je mets autant d’énergie que vous pour démasquer les commanditaires de l’assassinat de votre mari, même si nos motivations sont différentes. Je vous prie donc d’accepter mes salutations et la main que je vous tends.

 

 

 

Christian AMMEUX

P.J. citées ci-dessus